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Une Histoire de tortue croustillante (suite)


Par Magali - Mis en ligne le 15 décembre 2009

Décapitation de tortue
Si le père Du Tertre était loin d’imaginer tout le « chagrin » occasionné par cet épuisement des stocks, pouvait-il alors même concevoir que la sensation de douleur chez les tortues est aussi développée que chez les mammifères mais qu’elles ne peuvent pas crier ! Que les tortues exportées vers les marchés Européens et Asiatiques étaient déshydratées et mourantes, découpées et étripées vivantes et que leur agonie pouvait parfois durer une demi-heure !
Du consommé « Lady Curzon » nom élégant donné au bouillon de tortue aux montures de lunettes de luxe faites d’écailles tous ces produits « exotiques » et « protéiques » dérivés de la tortue sont bien la source de son malheur !
Fretey (1980) comparait les tortues marines des Antilles Françaises à des poules aux oeufs d’or et ceci est le signe d’un commerce très lucratif autour de ces animaux.

Le commerce des produits dérivés de la tortue marine

Tout récemment encore, selon la Société d’Aide Technique de Formation et d’Études en Martinique (SAFEM, 1980) «  la tortue verte est un reptile marin précieux ».  (Louis-Jean L. 2005)
La SAFEM mentionnait dix produits issus de la tortue verte sur le marché.
Ce Marché dépendait principalement de son orientation (local ou tourné vers l’exportation), de la quantité de tortues disponibles, de la mode dans la joaillerie, de la décoration et des produits cosmétiques.

S’agissant du marché local :

Nous l’avons vu précédemment, l’attrait culinaire restait primordial, parmi les dix produits mentionnés par la SAFEM on trouvait :

La viande soit 9,3% du poids de la tortue étaient utilisés pour les steaks, 6,2% pour les ragoûts, 10,5% pour la soupe à base de morceaux
Les nageoires soit 2,5% du poids de la tortue parfumaient les soupes (condiments)
La gélatine et les lamelles du ventre ainsi que le bord gélatineux de la carapace soit 10,3 % du poids de la tortue ou de ces produits étaient utilisés pour la soupe.
La structure des os blancs ( écailles du dessous) soit 13,6 % du poids de la tortue étaient utilisés pour le concentré de soupe.
Le foie soit 3 % du poids de la tortue étaient utilisés pour le pâté  
Les abats ( reins, tripes, cœur etc…)soit 15% du poids de la tortue  étaient utilisés dans des plats locaux ou comme nourriture pour animaux.

Ragoût de tortue

Liqueur de pine de tortue

En ce qui concernait l’artisanat, une faible quantité de carapaces allaient aux artisans pour la confection de la joaillerie et d’objets décoratifs destinés à l’industrie touristique.

S’agissant des exportations :

 

Selon la SAFEM (1980), il y avait un véritable commerce organisé de produits confectionnés à partir de carapaces. Les écailles brutes étaient utilisées dans la joaillerie, les pièces de cuir pour la confection de sacs à main, de porte-monnaie, de chaussures. L’artisanat de l’écaille aurait débuté dans les années 1940 et se serait développé dans toute la Caraïbe dans les années 1980-1990 et surtout à destination du Japon ( Lescure 1987).  
Ces objets en écaille étaient des coupe-papiers, coffrets, peignes , piques olives et des bijoux.  
Le Centre de Métiers d’Art de Fort-de-France, affirmait en 1983, avoir vendu, en moyenne une carapace tous les deux jours et dix objets en écaille par jour pendant la saison touristique (Claro et al., 1983).  
 

 

Cette mode a ensuite diminué et selon Dropsy (1986), le travail de l’écaille était effectué encore dans les années 90 par un unique artisan au Carbet. La prison de Fort-de-France qui était un grand centre de fabrication avait abandonné ce genre de production par les détenus depuis plus d’un an, soit en 1985.
 
Enfin l’huile de tortue était utilisée par les industries cosmétiques et pharmaceutiques.

Crème aux œufs clairs de tortue

Nous pouvons retenir quelques chiffres :

60% du gras de tortue était utilisé pour produire de l’huile et ce gras représentait 14% du poids de la tortue. Il devait servir à la production de cosmétiques et d’adoucissants.
Mais on exportait également des steaks surgelés et les parties gélatineuses pour la traditionnelle soupe.
La carapace du ventre, soit 0,1% du poids de la tortue servait à l’architecture décoratrice.
Les écailles, rebord, carapace soit 1,5% du poids de la tortue servaient aux carapaces polies entières, à la joaillerie et aux objets décoratifs.

Il est très difficile de faire une estimation de l’importance de ce marché. Pour tout ce qui est de la consommation locale nous ne possédons aucune statistique. Cependant nous avons quelques statistiques de la FAO (organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) de 1980 concernant la production de tortues de la Caraïbe. Ainsi en Martinique concernant la production de tortues de mer :
 

milliers de tonnes
1974 1975 1976 1977
21 34 14 24

Mais bientôt les tortues marines de Martinique ne suffiront plus face à un marché très lucratif et les pêcheurs martiniquais iront jusqu’aux îles Aves au large de Trinidad pour alimenter le marché martiniquais.
 


Bibliographie:

LOUIS-JEAN L. (2005) - La conservation de la tortue marine face au secteur clé de la pêche maritime à la Martinique- la place de la tortue marine dans la société martiniquaise
Mémoire de stage ONCFS/IRD. 83 p.

LESCURE, J., 1987. Rapport sur le déroulement du symposium. WATS II. Deuxième Symposium sur les Tortues marines de l’Ouest Atlantique. Mayaguez. 11-16 oct. 1987. 6 p.

LESCURE, J. 15 octobre 1987. National Report to WATS II for Martinique. Statut des tortues marines en Martinique. In WATS II 085. 26 p.

CLARO, F. et LAZIER, C., 1983. Les tortues marines aux Antilles françaises. Report Guilde européenne du Raid, 38 p.

CLARO, F., LAZIER, C., 1986. Les tortues marines aux Antilles. I. Répartition géographique. Bull. Soc. Herp. Fr. 38 : 13-19 p.

DROPSY, B., 1986. Tortues marines. Etude préliminaire. ADAM. Contrat WATS.